Assemble annuelle des actionnaires de Kimberly-Clark, Dallas, Texas. Nous approchons lentement de l’hôtel au volant de notre voiture louée. Devant nous, une longue filée d’autos; tout ce beau monde se rend à l’assemble annuelle de Kimberly-Clark. C’est la première fois depuis longtemps que Kimberly-Clark tient son assemblée ailleurs qu’à son siège social.
Comme nous approchons du kiosque du gardien de l’entrée, nous entendons le gardien qui envoie un message radio : « Attention – voiture couleur argent ». En levant les yeux, nous apercevons des francs-tireurs de la police sur le toit de l’hôtel. Ils nous ont bien en vue dans leurs télescopes.
Nous sommes de retour du Texas. À l’assemblée annuelle de Kimberly-Clark, nous avons été confrontés à des francs-tireurs, à beaucoup de policiers et à beaucoup de propagande.
Nous entrons ensuite dans le chic lobby de l’hôtel Four Seasons. Je suis accompagné de ma collègue de Greenpeace USA, Pam Wellner, et de Susan Casey-Lefkowitz, avocate en chef au Natural Resources Defense Council, notre partenaire pour cette campagne. Nous circulons parmi la foule des actionnaires et j’ai l’impression que tous les yeux sont tournés vers nous. Steven Kemps, un administrateur de haut rang de Kimberly-Clark, s’approche et me salue ; il connaît mon nom. Je me demande combien de photos de moi ont circulé sur les ordinateurs de Kimberly-Clark avec la mention : « Attention à cet homme – il veut protéger les forêts anciennes ».
M. Kemps est un homme aimable et poli, il nous laisse distribuer notre documentation aux actionnaires et il nous explique comment procéder pour émettre une opinion ou poser des questions aux membres du conseil et au chef de la direction, Thomas Falk. Nous serons donc polis nous aussi.
Je serre des mains, parle de tout et de rien avec Dave Dickson, le directeur des communications de Kimberly-Clark, anciennement chez Exxon-Mobil. Quand je lui demande pourquoi le lieu de l’assemblée a été changé cette année, il répond : « Parce que nous ne savions pas à quoi nous attendre de votre part ». C’est ce qui explique aussi la présence des francs-tireurs sur le toit et des policiers bâtis comme des armoires à glace qui attendent dans un coin.
Pendant que tous ces gens se réunissent à l’hôtel, un autre groupe d’irréductibles activistes de Greenpeace est à l’œuvre. Ils se déplacent à bord du camion Kleercut en forme de boîte de Kleenex géante et visitent les centres commerciaux et les places publiques de Dallas et d’Irving, Texas. Évidemment, informer des centaines de consommateurs constitue un travail dangereux et risqué. C’est pourquoi ils sont escortés par cinq voitures de police…
Pendant ce temps, à l’assemblée…
« …et soyez assurés que nous continuerons à être un chef de file en matière de foresterie responsable. Merci de votre intérêt pour Kimberly-Clark. »
Voilà comment se terminait la réponse du chef de la direction de Kimberly-Clark, Thomas Falk, quand je lui ai demandé ce que Kimberly-Clark comptait faire pour protéger les forêts. M. Falk excelle dans l’art des mots creux et des formules ronronnantes. Mais sur le terrain, on continue de raser les forêts.
Le développement durable ? Quoi de plus durable qu’une forêt sans arbres ni animaux
« Innovation et action : Nos clients sont de plus en plus exigeants. Et la satisfaction des clients est notre priorité. »
L’autre priorité de Kimberly-Clark, ce sont les coupes à blanc. Pourtant, les consommateurs nord-américains se soucient de plus en plus de l’impact environnemental des produits qu’ils achètent. Alors, pourquoi Kimberly-Clark continue-t-elle à raser des forêts anciennes pour fabriquer des papiers jetables? Selon une étude réalisée en 2004 par Cone Citizenship, 90 % des consommateurs nord-américains envisageraient de changer de marque s’ils apprenaient que leur fabricant habituel contrevient à la loi ou à des principes d’éthique. Et 80 % vendraient leurs actions. Si Kimberly-Clark accorde tellement d’importance à ses clients, pourquoi continue-t-elle à transformer la forêt boréale en papier de toilette. Je ne comprends pas.
Il faudrait poser la question à Thomas Falk et au conseil d’administration.
Des bonnes nouvelles?
Il y a toujours au moins une bonne nouvelle dans les réunions d’actionnaires comme celle-ci. Roulement de tambour svp… La bonne nouvelle, c’est que Kimberly-Clark fabrique maintenant une gamme de couvertures jetables pour pique-nique… Quand vous avez fini de manger, vous n’avez qu’à mettre les papiers jetables, les serviettes jetables et les assiettes jetables au milieu de la couverture jetable et à … jeter le tout. Formidable, n’est-ce pas? Nous avons aussi appris que Kimberly-Clark veut percer de nouveaux marchés, là où l’on retrouve plus de la moitié de la population du monde. Du papier jetable pour tout le monde!
De vraies bonnes nouvelles?
Nous avons parlé avec M. Falk et avec des membres du conseil d’administration de Kimberly-Clark et il est certain qu’ils entendent notre message et qu’ils savent que nous n’abandonnerons pas. En fait, notre campagne a réussi à atteindre les plus hauts niveaux hiérarchiques de l’entreprise. Mais, visiblement, les gens de Kimberly-Clark ne sont pas encore prêts à agir pour protéger les forêts anciennes comme la forêt boréale du Canada. Ce qui veut dire que nous devons maintenir la pression. Et vous pouvez nous aider immédiatement.


